L’age de glace

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Du samedi 20 décembre 2014 au samedi 10 janvier 2015

On approche de la Terre de Feu et ses glaciers, un peu bizarre d’ailleurs ce paradoxe non ?
On commence surtout un va-et-vient entre le Chili et l’Argentine. Fin de la route australe, nous voulons descendre plus au sud alors nous devons passer du côté argentin.

Premier arrêt à El Calafate avant Noël, les touristes sont déjà bien présents. Nous souhaitons marcher sur le glacier Perito Moreno mais impossible avant plusieurs jours, tout est complet. Mauvaise surprise, tellement de monde dans cette espèce de station de ski qu’il faut réserver à l’avance ! Pas vraiment habituées à ce genre d’anticipation.

23 décembre : bus pour Punta Arenas, côté chilien, où nous retrouvons Martin et Lucile pour fêter Noël. Viendront se greffer Julie et David (six mois en Amérique du sud) et Camille, la belge (en voyage pour… bah elle ne sait pas vraiment en fait). Bref, réveillon francophone avec patates et poulet. Pas vraiment le grand festin mais l’esprit y est, c’est l’essentiel.

Nous en profitons pour aller voir les « pinguïnos rey », les mêmes que ceux de la Marche de l’empereur mais en plus petits. Ils seront forcément sur un bout de glace à faire des glissades maladroites. Et bien non, ils sont bien rangés sur l’herbe, sur le bord de l’eau !!! Toujours pas de glace à l’horizon mais c’est tellement mignon un pingouin… Pardon maman, un manchot, car oui, dans l’hémisphère sud, ce sont des manchots, j’ai bien retenu la leçon.

Alors il faut chercher plus au sud pour trouver de la glace ? Soit. Direction Ushuaïa !
Arrivée magnifique dans la ville, le soleil se couche sur les montagnes et le port. Par contre, ici c’est peut-être le bout du monde mais ils comprennent très bien ce qu’est un porte-monnaie ! Tout est hors de prix : le prix d’un lit en dortoir frise l’indécence. Heureusement (pour nous), le peso argentin est tellement mal qu’avec des dollars, nous pouvons tout négocier. Alors on arrive à se payer une sortie en voilier sur le canal de Beagle pour pas grand-chose. Par hasard, nous nous retrouvons avec David et Julie (bon le hasard est quelque peu réduit par notre source d’informations commune, Martin et Lucile). Les deux premières heures se font au moteur au milieu d’une mer d’huile. Mais au retour… le vent se met à souffler en deux secondes. En Patagonie ou en Terre de Feu, les gens disent que l’on peut voir les quatre saisons en une journée… effectivement, ça change très vite ! Bref, bon vent, on sort les voiles, je jubile. Nos deux amis franciliens n’ont visiblement pas le pied marin, ils blêmissent proportionnellement à la gîte du bateau. Gros plaisir mais toujours pas de glace sur le Canal de Beagle !

Faute de lit pour la nuit, nous fonçons dans le parc de la Terre de Feu avec notre tente. Les voitures sont autorisées à rentrer, sympa on se prend tout le sable dans la tronche alors que nous portons nos gros sacs. Première aire de camping, des familles squattent les barbecues et repartent. Pour nous, ce sera vieux sandwichs et au lit, ça fait rêver hein ? Une nouvelle fois, nous passons une nuit très fraîche. La journée, nous marchons avec tout notre attirail. Forêt, chemin côtier mais toujours pas de glace, quelle déception ! En plus de la lassitude, la fatigue commence à se faire sentir. Un premier camping croisé ne nous fait pas rêver alors nous poursuivons vers le bout du parc, à la fin de la route en fait. Nous sommes au bout du monde ce coup-ci ! Nous plantons notre tente au milieu de rien… Seules au monde… Enfin, c’est ce qu’on croyait car de l’autre côté du chemin, à nouveau David et Julie. Ils nous poursuivent ces deux-là ! La pluie et le froid stoppent rapidement la discussion, chacun se réfugie dans son tipi.
Le lendemain, la pluie continue de tomber, nous entamons la marche mais rapidement nous sautons dans un bus (c’est finalement pas si mal que les véhicules soient autorisés ici) pour Ushuaïa ville pour une nuit bien au sec dans un lit. C’est bien simple, toutes ces nuits en tente commencent à nous faire adorer le confort rustique des dortoirs !

31 décembre : pas moyen de passer le nouvel an à Ushuaïa. D’abord, parce que la ville n’a aucun intérêt sinon symbolique mais surtout parce que les prix ne sont pas pour nous ! Alors c’est parti pour 12h de bus pour rejoindre Punta Arenas et l’auberge de Noël. Pour soirée particulière, activité particulière : nous regardons les derniers épisodes de l’ultime saison de Dexter ! Bonne année !

Nous profitons un peu de notre bon lit et de la chaleur de la maison car notre prochaine étape est Puerto Natales, pour affronter Torres del Paine. Qu’est ce donc ? C’est LE parc incontournable de la Patagonie chilienne !
La grande majorité des touristes s’y rend pour faire le « W », les chemins qui parcourent le parc entre les trois grands massifs formant un « w », pour quatre ou cinq jours environ. Des refuges disséminés un peu partout permettent de ne pas trop subir les foudres de la météo. A cette période, tout est prix d’assaut, lodges et dortoirs réservés des semaines à l’avance malgré les prix exorbitants, alors pour nous ce sera avec notre petite tente et en camping « sauvage », autrement dit, il faut être complètement autonome. Un an de voyage et là on est obligé de se taper le réchaud et le butagaz, autant dire que l’on apprécie moyennement, surtout qu’il va falloir marcher avec tout ça sur le dos ! David et Julie nous ont prévenues, ils y ont vécu « l’enfer ». Une nuit sous la tente, trempés, froid et puis s’en va, il n’ont fait que le « i » !

4 janvier : départ en bus, nous décidons de parcourir le parc d’Ouest en Est, de commencer par le bateau qui nous évite 5h de marche et permet d’avoir une vue globale sur les massifs. Il fait beau, la carte postale est parfaite. Nous arrivons au camp de base, le vent souffle, ça va être chaud avec notre tente de compet’. Après de longues hésitations, des plantages et replantages de sardines, la tente semble résister au vent. Mais plus ça va, plus le vent forcit et l’aplatit régulièrement… Nous décidons finalement d’aller voir le glacier Grey (enfin un glacier !) pour profiter du beau temps. Quelques mètres et nous croisons un « ranger » qui stoppe net notre élan, impossible de faire l’aller et retour à cette heure. Du coup, on passe l’après-midi à regarder notre tente se faire aplatir régulièrement et à essayer de trouver des solutions car la pluie est maintenant de la partie ! Premier repas cuit au réchaud (j’étais même pas sûre qu’on sache utiliser ce truc), un vrai régal et au lit. Une nuit d’enfer. A peine je commence à somnoler qu’une rafale couche la tente et les arceaux viennent claquer sur ma tête ! Le pire, c’est qu’on entend le vent arrivé, grondé à travers les montagnes, vraiment très impressionnant et inquiétant.

5 janvier : nous nous extirpons de la tente, qui n’a plus du tout sa forme initiale, elle a tellement été secouée pendant la nuit. Autour de nous, désolation totale, des tentes en lambeaux, des arceaux à travers les toiles, deux gars dorment dans leurs duvets sous l’abri des toilettes, leur tente est à côté : une crêpe ! Deux nanas courent derrière la leur qui file vers le lac… au moins la nôtre est toujours attachée au sol. Malheureusement, au moment du démontage, nous ne pouvons que constater les dégâts, les arceaux sont complètement cassés, fêlés sur toute leur longueur, tu m’étonnes qu’elle avait changé de forme ! Nous ne pouvons même pas la replier, des élastiques sortent de partout. Un peu de scotch et hop dans le sac.

Nous laissons nos gros sacs sur place et entamons la montée vers le glacier Grey. Deux heures de marche avec le vent dans le nez et nous apercevons enfin des bouts de glace qui flottent sur un lac. Nous sommes prises par le temps, impossible de faire deux heures de plus pour aller au pied du glacier alors nous restons à distance mais la récompense est là. Il est enfin là… magnifique, énorme !
Chemin inverse, sacs récupérés, direction le camping Italiano. Nous ne savons pas si nous pourrons monter notre tente, le vent ne faiblit pas. Quatre heures de marche et nous arrivons. Le camping est bien à l’abri au milieu des arbres, nous rescotchons tous les arceaux et arrivons à faire tenir l’engin, ouf ! Il est 19h, le repas est déjà englouti, il fait très froid alors au lit.

6 janvier: il a plu quasiment toute la nuit, nous avons eu très froid mais la tente a tenu, nous avons pu dormir. La pluie tombe encore mais nous partons pour la Valle del Frances. Protégées par nos super panchos en plastique, nous nous réchauffons doucement. Les sommets autour de nous sont couverts de la neige de la nuit. Nous progressons, la pluie se transforme en grêlons et toujours ce vent. Nous sortons de la forêt, il neige et nous ne voyons plus grand-chose autour de nous. Les rafales deviennent de plus en plus violentes, des morceaux de glace viennent nous fouetter le visage. D’un seul coup, Julie se retourne et éclate de rire. Mon pancho est en lambeaux, je n’ai quasiment plus que la capuche sur la tête et la rain-cover de mon sac s’est également envolée. Inutile de progresser plus haut, aucun des sommets autour de nous n’est visible, demi tour. Retour au camping, nous démontons la tente et découvrons de l’eau sous nos matelas, tu m’étonnes qu’on a eu froid !

Nous repartons sous la pluie, marcher devient vraiment difficile à certains endroits tant le vent nous balaye. Une rafale énorme me soulève vraiment du sol, je cours entre les cailloux sur une quinzaine de mètres. J’arrive juste à ne pas être envoyée sur le bas côté. Julie croit de derrière que je joue avec le vent, elle rigole, mais grosse frayeur, j’ai totalement perdu le contrôle. Les conditions deviennent trop compliquées, nous enchaînons les derniers kilomètres du parc. Avec le vent dans le dos, les 4h30 prévues pour ce parcours sont avalées en 3h10 ! Nous quittons les lieux pour retourner dans la chaleur de Puerto Natales, le « W » se transforme en « U ». Torres del Paine a l’air magnifique quand il fait beau…

En venant en Patagonie et en Terre de Feu, nous avions en tête des paysages enneigés et des glaciers. Que nenni ! Désolée grand-mère, nous serons obligées de revenir en hiver pour voir de la glace !

Bref on n'a pas eu trop froid

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